Chaque année, je me fixe des objectifs. Pas pour m'ennuyer. Pour me stimuler, me pousser un peu en avant. Se pousser, me direz-vous ? Encore ? Pourtant oui. Pas question ici de produire sans cesse et toujours davantage. Simplement, éviter de déprimer en sombrant dans le néant. Entre la vacuité et la surproduction, il y a la vie. Me donner des buts m'aide à être dedans, la vie. Certains me croient contemplative, voire hautement spirituelle. En réalité, je risque la chute en mode neurovégétatif passif et cherche à ne pas trop débrancher. Me fouetter m'énergise, comme une belle journée le nez dans l'air frais à pelleter des nuages de neige.
Je ne les réalise pas toutes ces résolutions et, de plus, ce n'est pas grave. Parmi celles-ci, certaines concernent strictement le plaisir. Elles non plus ne se concrétisent pas toutes, mon côté travailleuse compulsive prend parfois le dessus. Toutefois, je refuse la culpabilité, luxe inutile.
En 2014, par exemple, parmi mes objectifs se rencontraient: alimenter vingt fois ce blogue — je l'ai fait 19 — et terminer la réécriture d'un roman en chantier pour lequel, initialement, aucune échéance n’était bloquée. Le 3 janvier 2015, la réécriture était complétée, je pouvais entrer en mode révision.
Alors en 2015, je tenterai mes 20 rencontres sur ce blogue et je souhaiterais achever la rédaction de ce roman afin de le soumettre à des éditeurs. Voilà, c'est dit.
et je continuerai à pratiquer le ukulélé, et j'apprendrai à utiliser ma machine à coudre, et je partirai en voilier, et j'aimerai, et j'aimerai.
© Colette Bazinet
vendredi 30 janvier 2015
samedi 10 janvier 2015
Le courage des croyants
Hier soir, après le téléjournal, Radio-Canada diffusait le documentaire de Daniel Leconte C'est dur d'être aimé par des cons, tourné lors du procès contre Charlie Hebdo en 2007. À voir.
Je ne sais pas pourquoi reproduire l'image du prophète est proscrit. À ce que j'ai lu, l'interdiction ne relève pas du Coran. Et si cela relève de l'époque de Mahomet, peut-être ne voulait-il tout simplement pas être déifié. Dans les religions monothéistes, ce sont habituellement les représentations de dieu qui sont interdites, afin de ne pas idolâtrer les représentations. Ici, l'effet contraire s'est produit, du moins pour les terroristes qui ont manipulé ce tout pour la rendre conforme à leur vision. Tout cela me laisse perplexe. Toujours est-il qu'au début, le terrorisme me faisait vivre de l'impuissance.
Aujourd'hui, l'attaque contre l'équipe de Charlie Hebdo me ramène à la fierté de mes idéaux de liberté, d'égalité, de sororité et de fraternité. Que les gens qui se réclament des idéologies extrêmes et violentes, de l'intégrisme musulman ou du fondamentalisme chrétien se le tiennent pour dit. La terreur et la violence n'auront pas gain de cause ni sur la plume libre ni sur le vivre sain. Même pour le Nigéria, je garde espoir, les populations continuent avec courage de réclamer leurs filles. Qu'on les soutienne, concrètement! J'y crois.
© Colette Bazinet, 2015
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mardi 23 décembre 2014
Le rêve secret de Sophie, une petite histoire pour le temps des Fêtes
Voilà donc le texte. C'est sans prétention, pour le plaisir d'une note arc-en-ciel à ce temps de l'année.
Je souhaite un super beau temps des Fêtes à toutes et à tous, que ce soit dans une solitude sereine ou des danses endiablées!
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Tout en participant au montage du sapin et des
décorations, Mathilde, informée, observait sa filleule. Prenant une pause, la
marraine s’assit près d’elle.
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Première publication dans le journal Sortie de décembre 2014, pages 9 et 10. Merci de ne pas reproduire en tout ou en partie, sous quelque forme que ce soit, sans l'autorisation de l'auteure.
Je souhaite un super beau temps des Fêtes à toutes et à tous, que ce soit dans une solitude sereine ou des danses endiablées!
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Elle[i] était une
fois, une petite fille prénommée Sophie. Habituellement enjouée, voilà qu’elle
se sentait très triste. Noël approchait pourtant. Natasha, sa meilleure amie,
frétillait : elle concoctait d’interminables listes de cadeaux et rêvait
du réveillon, de la visite, des surprises. Ses yeux scintillaient! Sophie, au
contraire, morose, n’était même plus certaine de vouloir grandir. Jusqu’aux
vacances des Fêtes qui ne la réjouissaient plus. C’était de la faute à Natasha.
Les deux copines s’étaient juré fidélité à la vie à la
mort. Un pacte. Jamais elles ne se laisseraient tomber! Or, voilà que Natasha déclama
qu’elle marierait Ludovic, de la classe voisine. Sophie, abasourdie, se sentit
trahie. Elle pleura beaucoup ce soir-là, en cachette. Une tempête, née dans son
ventre, arrivée d’un coup, avec des éclairs qui lui déchiraient l’abdomen, la
torturait. Sa maman Gabrielle l’entendit gémir dans sa chambre et décida de la
garder à la maison le lendemain. La petite faisait un peu de fièvre. Mais
Sophie ne dit rien, incapable d’expliquer ce qui n’allait pas.
Courageuse, la fillette profita du congé pour finaliser
sa liste de cadeaux destinée au père Noël. Cela ne la réconforta pas. Il en fallait
davantage. Si elle écrivait à la Fée des Étoiles-qui-éclairent-la-nuit,
peut-être celle-ci comprendrait-elle mieux? Elle s’y mit et lui confia son vœu
le plus cher. Elle conjurerait le mauvais sort! Si son souhait, si important,
ne se réalisait pas, elle ne croirait plus ni au père Noël ni à la Fée des
Étoiles. Il lui fallait vaincre l’ombre. Sa mère posta au pôle Nord les
précieuses missives.
Sophie combattait au mieux la tempête dans son ventre,
mais celle-ci prenait de l’expansion et éteignait même le pétillement de ses
yeux. L’enfant dut retourner en classe.
Arriva le moment de choisir et de monter l’arbre de
Noël. Sophie eut l’idée d’inviter sa marraine Mathilde – n’avait-elle pas une
meilleure amie elle aussi? Sa maman savait à quel point sa fille adorait sa
sœur et trouva l’idée géniale. Gabrielle s’inquiétait, elle avait lu les
lettres.
Tout en participant au montage du sapin et des
décorations, Mathilde, informée, observait sa filleule. Prenant une pause, la
marraine s’assit près d’elle.
– Tu sais, la fête de Noël existait bien avant le petit
Jésus. Ça portait d’autres noms. On fêtait le début du monde. Connais-tu le
solstice d’hiver?
− Jésus, je ne le connais pas tant que ça, alors là, ton
affaire! répondit Sophie, la mine étonnée.
− Le solstice d’hiver marque la fin d’une année et le
début de la nouvelle. Il s’agit de la nuit la plus longue de l’année. Après la
grande noirceur vient le retour de la lumière, de la vie, une minuscule minute
à la fois.
Sophie devint très attentive, elle raffolait de ces
histoires.
− Dans les temps anciens, l‘on soulignait le printemps,
le temps des semences, puis la plus longue journée, le solstice d’été. Venaient
les moissons et finalement, l’hiver où tout recommence! Chaque saison donnait
lieu à de grandes fêtes!
Mathilde étreignit sa préférée et enchaîna :
− Le sapin, lui, qu’est-ce qu’il a de particulier?
Sophie réfléchissait, se grattait la tête. Elle en avait
oublié ses soucis, suspendue aux lèvres de sa marraine. Devant tant de
réflexion, Mathilde ajouta un indice.
− Par rapport à un érable par exemple?
– Il reste toujours vert!
− Exact! C’est pour ça qu’il représente l’arbre de vie.
Y vivait Lilith, la première femme. Une femme libre comme le vent! Libre de
choisir ses amours, égale à l’homme, pleine de connaissances.
La marraine se tut un moment et poursuivit :
− Quand on entend le vent dans les arbres, c’est elle. –
Elle baissa encore le ton. − Il y en a qui n’aimaient pas ça une telle femme,
alors ils ont ajouté Ève et transformé Lilith en méchante sorcière. Mais en
réalité, je te le répète, elle vivait libre, soumise à personne!
– Une sorte de fée? souffla Sophie sur le même ton,
ravie par ce récit. Vraiment, Mathilde incarnait la véritable fée-marraine.
La mentore acquiesça d’un air entendu. Ça avait bien de
l’allure. Puis, elle se mit à discuter avec sa sœur de la réception du 26
décembre.
– Pourquoi pas à Noël? s’enquit Sophie.
– Oh! C’est en plus! Pour une cérémonie spéciale. Cette
année, le solstice et la lune noire ont lieu en même temps, le 21 décembre. Ce sera le règne des ténèbres! Le 26 sera
la première journée avec une minute de plus de clarté! Alors, on fêtera la
lumière : la lune croîtra et le jour allongera. Chloé et moi avons décidé
d’organiser chez nous, le 26… un rituel pour souligner notre engagement mutuel.
Nouvelle année, début d’un temps nouveau!
Mathilde esquissa un sourire coquin. Sophie fronça les
sourcils, quelque chose se transformait. Un joyeux gargouillis lui chatouillait
le nombril. Qu’était-ce donc que cette affaire d’engagement mutuel?
– Ta mère est au courant, mais chut! Garde le secret! Je
ferai la surprise aux autres!
Les deux sœurs observaient une lueur s’installer au
fonds des prunelles de la fillette. Complices, elles avaient visé juste.
Toutefois, quelque chose échappait encore à Sophie.
Les dernières semaines d’école se passèrent mieux, mais
la tristesse – comme une petite valise grise traînant dans le cœur de Sophie –
revenait lorsqu’elle croisait Natasha.
À Noël, elle reçut ses cadeaux, sauf l’essentiel. Peut-être
aurait-elle sa réponse le lendemain? Sophie désirait ardemment, tout comme sa marraine-idole,
vivre avec sa meilleure amie. Quand elle serait grande, bien sûr! Rêve vite
brisé. Voyons, une fille peut juste se
marier avec un gars! avait fermement déclaré Natasha. Sophie n’avait osé la
contredire, même si elle avait cru entendre le contraire dans sa famille.
En débarquant chez sa marraine, tout s’éclaira. Le condo
était bondé, les deux familles, des amies, toutes et tous festoyaient avec
Mathilde et Chloé. Pour la première fois, Sophie comprit que les deux femmes étaient
amoureuses! Elle s’émerveilla de les voir radieuses, tellement belles, vêtues
d’étoiles, de lune, de soleil et de mer!
Les amantes célébraient leur union à leur façon, sans
loi, devant les leurs et à la face du monde. « Une sorte de mariage »,
lui glissa Gabrielle à l’oreille. Sophie n’avait pas besoin de cette
explication, elle venait de trouver sa vérité. La Fée Lilith-des-Étoiles avait
exaucé son vœu. C’était le commencement du monde, tout s’ouvrait. Tout comme
Mathilde et Chloé, Sophie passait de l’obscurité à la lumière. Elle pourrait
rester amie avec Natasha et un jour, elle rencontrerait
une amoureuse. Elle aussi!
© Colette Bazinet 2014
jeudi 11 décembre 2014
Conte de Noël lesbien pour tous et pour toutes
Je me suis bien amusée. Je ne sais pas s'il est bon, il s'agit de ma première tentative dans le genre. De plus, j'ai toujours été nulle pour raconter des histoires. Mais voilà. J'ai reçu un appel d'Olivier Poulin, directeur général en fin de mandat de GLBT Québec (récemment rebaptisé Alliance Arc-en-ciel), me demandant si écrire un conte lesbien pour le journal Sortie de décembre m'intéressait. Quelqu'un d'autre, un homme, je présume, en écrivait un gai. Alors, je me suis lancée !
Olivier quitte cette semaine l'Alliance, dans l'espoir de relever d'autres défis, comme le veut l'adage. Je lui souhaite bien du plaisir et du succès, mais je tiens surtout à le remercier pour sa contribution à nos collectivités ainsi que, sur le plan personnel, pour les opportunités qu'il m'a offertes tant en écriture qu'en animation. Olivier est un homme qui cherche à valoriser les contributions de chaque membre de la communauté.
J'ai eu bien du plaisir. Le défi exigeait bien de l'élagage puisque le texte devait tenir en 1000 mots et je disposais d'environ deux semaines avant la date de tombée, en tout cas, moins de trois. De plus, je désirais plonger dans des mythes anciens, antérieurs au christianisme. Super stimulant!
Un nouveau dg est arrivé, Yvan Fortin, un autre individu engagé et connu dans le milieu. Je suis certaine qu'il saura rallier les communautés, tout comme Olivier l'a fait.
En tout cas, si vous avez le goût de lire ce texte, le numéro de Sortie devrait sortir (sans pléonasme) le 16 décembre 2014. Un conte de Noël, c'est pour tous et pour toutes!
© Colette Bazinet, 2014
dimanche 26 octobre 2014
4 dodos, 1820 km
Qui dit que tout est fermé à l'automne en Gaspésie ? Nous revenons d'un voyage de prospection.
Prospection pour l'été 2015 : si nous y allons en voilier, où entreposerons-nous ce dernier pour la saison hivernale suivante ? Alors, voilà, mardi matin, nous avons plié bagages et larguer… non, nous n'avons rien largué, j'ai pris le volant, simplement. Première étape : Sainte-Anne-Des-Monts.
Nous avons soupé avec des soeurs de Saint-Paul, communauté religieuse qui m'a enseigné à Madagascar. J'avais rencontré des religieuses ayant vécu là en 2006, lors de notre escale en voilier. Nous avons gardé contact et Soeur Bernadette m'a même permis de retracer une amie de l'époque que j'ai pu revoir, l'an dernier, dans la campagne portugaise où elle vit et travaille depuis plus de 25 ans. Petite, toute petite planète.
Arrêt à la station-service de l'anse Saint-Louis. Beau mouillage, on voit des installations de port de pêche. Musique extérieure, essence, dépanneur, quatre hommes sirotent un café autour d'une table ronde. Je pense à Bagdad café, à Gaz bar blues. Les images me ramènent au cinéma, aux films que j'ai aimés. Ma compagne entend à la radio une fusillade à Ottawa, on ouvrira la radio tantôt. On s’informe auprès des hommes attablés, ils nous recommandent au pharmacien du village pour ce qui touche à la plaisance. Le pharmacien. Vu, croyons-nous, dans le documentaire Quais-blues. Décidément, le blues a la cote. Une affaire encore, avec celle des phares, dont le fédéral se déleste. Trop lourdes pour les petites municipalités. On commence à rêver.
Dans la voiture, on écoute, périmètre de sécurité, confinement, combien de tireurs. Après un moment, on ferme. L'information tourne en boucle, dans l'attente de confiner en direct un nouveau bain de sang. Et le mort d'hier lui, il ne compte plus ? Pas mort à Ottawa, banal. Je pense aux jeunes femmes mortes à Polytechnique. Un faux argument pour restreindre les droits, il reste pourtant si peu de démocratie. À quand les mesures de guerre ?
Le soleil brille pourtant. Des paysages à couper le souffle. Gaspé, on s'informe : les prix, avec ou sans ber. Percé débouche dans un tournant, je l'attendais, immanquablement planté là. Ma compagne prend une photo du haut de la côte. Ce sera la seule du rocher, nous n'arrêtons pas ! Je suis moi-même surprise ! J'aurais pu. On en rit. Elle pose la carte régionale : le tour de la Gaspésie.
Nous nous arrêtons dans presque tous les ports. Rencontre d'une charmante horticultrice, d'un crevettier qui nous montre un crabier et un homardier, le premier est un homme et son bateau, les derniers, les bâtiments seulement. Arrêt comme prévu au centre des femmes de Bonaventure, on m'achète un exemplaire de Trabouler. Oui j'en ai toujours à vendre. Placotage avec Michou. Plus loin, Julien nous entretient des plaisirs de naviguer dans la baie des Chaleurs. Chez le poissonnier de Carleton, on vend un peu d'accastillage. Ancienne coopérative. À Dalhousie, on nous reconnait, on s'est croisés à la marina de Rimouski cet été. Souvenir d'un brouillard superbe.
Avec les « villages-relais », aucune inquiétude à se loger tout au long du parcours.
Dernière nuit à Edmundston au Happy motel. Étonnante rencontre avec Georges Albert Côté, passionné d'histoire, de généalogie et de moto qui gosse du bois. Il donne à chacune une figurine et des documents afin que nous revenions au Nouveau-Brunswick. Entre temps, il y a eu d'autres morts, d'autres attaques, avec ou sans prétexte vicieux. Je m’endors tôt, on a mis le téléviseur sur le poste « feu de foyer avec crépitements ».
Samedi, retour à la maison. Folle escapade. Des volées d'oies et d'outardes nous accompagnent et nous croisent. Qu'une journée de pluie, hier. Arrivée, on s'installe. Il faut continuer à rêver, s'accrocher à la réelle beauté du monde. L’horreur existera toujours. La beauté aussi. Le beau, ici, inclut le bien. À la façon des anciens philosophes.
© Colette Bazinet, 2014
Prospection pour l'été 2015 : si nous y allons en voilier, où entreposerons-nous ce dernier pour la saison hivernale suivante ? Alors, voilà, mardi matin, nous avons plié bagages et larguer… non, nous n'avons rien largué, j'ai pris le volant, simplement. Première étape : Sainte-Anne-Des-Monts.
Nous avons soupé avec des soeurs de Saint-Paul, communauté religieuse qui m'a enseigné à Madagascar. J'avais rencontré des religieuses ayant vécu là en 2006, lors de notre escale en voilier. Nous avons gardé contact et Soeur Bernadette m'a même permis de retracer une amie de l'époque que j'ai pu revoir, l'an dernier, dans la campagne portugaise où elle vit et travaille depuis plus de 25 ans. Petite, toute petite planète.
Arrêt à la station-service de l'anse Saint-Louis. Beau mouillage, on voit des installations de port de pêche. Musique extérieure, essence, dépanneur, quatre hommes sirotent un café autour d'une table ronde. Je pense à Bagdad café, à Gaz bar blues. Les images me ramènent au cinéma, aux films que j'ai aimés. Ma compagne entend à la radio une fusillade à Ottawa, on ouvrira la radio tantôt. On s’informe auprès des hommes attablés, ils nous recommandent au pharmacien du village pour ce qui touche à la plaisance. Le pharmacien. Vu, croyons-nous, dans le documentaire Quais-blues. Décidément, le blues a la cote. Une affaire encore, avec celle des phares, dont le fédéral se déleste. Trop lourdes pour les petites municipalités. On commence à rêver.
Dans la voiture, on écoute, périmètre de sécurité, confinement, combien de tireurs. Après un moment, on ferme. L'information tourne en boucle, dans l'attente de confiner en direct un nouveau bain de sang. Et le mort d'hier lui, il ne compte plus ? Pas mort à Ottawa, banal. Je pense aux jeunes femmes mortes à Polytechnique. Un faux argument pour restreindre les droits, il reste pourtant si peu de démocratie. À quand les mesures de guerre ?
Le soleil brille pourtant. Des paysages à couper le souffle. Gaspé, on s'informe : les prix, avec ou sans ber. Percé débouche dans un tournant, je l'attendais, immanquablement planté là. Ma compagne prend une photo du haut de la côte. Ce sera la seule du rocher, nous n'arrêtons pas ! Je suis moi-même surprise ! J'aurais pu. On en rit. Elle pose la carte régionale : le tour de la Gaspésie.
| vue au travers un pare-brise crédit photo: © Chantale Côté, 2014 |
Avec les « villages-relais », aucune inquiétude à se loger tout au long du parcours.
Dernière nuit à Edmundston au Happy motel. Étonnante rencontre avec Georges Albert Côté, passionné d'histoire, de généalogie et de moto qui gosse du bois. Il donne à chacune une figurine et des documents afin que nous revenions au Nouveau-Brunswick. Entre temps, il y a eu d'autres morts, d'autres attaques, avec ou sans prétexte vicieux. Je m’endors tôt, on a mis le téléviseur sur le poste « feu de foyer avec crépitements ».
Samedi, retour à la maison. Folle escapade. Des volées d'oies et d'outardes nous accompagnent et nous croisent. Qu'une journée de pluie, hier. Arrivée, on s'installe. Il faut continuer à rêver, s'accrocher à la réelle beauté du monde. L’horreur existera toujours. La beauté aussi. Le beau, ici, inclut le bien. À la façon des anciens philosophes.
© Colette Bazinet, 2014
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lundi 13 octobre 2014
Quand un séisme porte plus à rire qu’à pleurer
Je roulais tranquillement quand les nouvelles radios ont commencé. Je n’en croyais pas ce que j’entendais. Le
Vatican estimerait que les homosexuels auraient des dons, des qualités !
Je suis partie à rire de tant d’imbécilités, que les imbéciles me
pardonnent ! Je ne suis plus capable d’en pleurer, c’est la colère qui vient.
En gros se tiendrait un synode ou une tentative d’ouverture sur des
humains normalement constitués, mais catholiquement et socialement (encore
hélas !) marginalisés, ostracisés.
Je suis donc allée lire l’article sur le site de Radio-Canada. Un séisme,
selon un expert. Les homosexuels ne seraient pas qu’intrinsèquement désordonnés, on voudrait mettre un bémol à ce
vocabulaire. Pas le balayer ! Cela déplairait et il ne faut pas compromettre
la doctrine !
Le Vatican estime dans un document présenté lundi, à mi-parcours du synode sur la famille, que les homosexuels « ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne ».
Non, ce n'est pas vrai, ils en sont toujours que là ! Leur document
ajoute : « Sans nier les problèmes moraux liés aux unions
homosexuelles, il faut noter qu'il existe des cas où l'entraide, jusqu'au
sacrifice, constitue un soutien précieux à la vie des partenaires ». Bon,
allez lire l’article, ici.
Je n’ai qu’un mot, une pensée, pour tous les membres de la diversité
sexuelle qui luttent au sein de cette institution pour défendre leurs
croyances. Je leur souhaite bon courage, ne lâchez pas. Cette lutte reste
nécessaire.
© Colette Bazinet, 2014
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jeudi 9 octobre 2014
Nouvelle mouture
Ça y est, la cinquième édition du festival littéraire Québec en toutes lettres est lancée ! Du 9 au 19 octobre 2014, la thématique Doubles et pseudos sera traversée dans tous les sens par les arts littéraires et des créations issues ou inspirées des quatre coins de la francophonie. L'oeuvre d'un maître du canular, Romain Gary, sera à l'honneur.
J'aurais aimé des mots officiels de la soirée d'ouverture qu'ils me mettent l'eau à la bouche en me présentant davantage la programmation, plutôt que de tant insister sur l'ouverture — même si très attendue — de la Maison de la littérature pour le prochain festival. Mais Gary : brûle ! s'en est chargé. Lecture théâtrale d'extraits d'oeuvres et d'entrevues de Roman Kacew, plus connu sous son nom de plume Romain Gary (brûle ! en russe) et son pseudonyme Émile Ajar (cette fois, signifie braise) qui lui valu un second prix Goncourt (alors qu'une personne ne peut en recevoir qu'un dans sa vie!). Les comédiens débutent avec leur propre dualité et une tonalité à la fois sobre et enveloppante est donnée par le basson de Yana Ouellet. Le spectacle fait la tournée des bibliothèques durant le festival.
Une quarantaine d'activités jalonne ces dix jours, avec 200 artistes et écrivains à l'oeuvre. J'ai mon macaron et je compte bien en abuser !

© Colette Bazinet, 2014
J'aurais aimé des mots officiels de la soirée d'ouverture qu'ils me mettent l'eau à la bouche en me présentant davantage la programmation, plutôt que de tant insister sur l'ouverture — même si très attendue — de la Maison de la littérature pour le prochain festival. Mais Gary : brûle ! s'en est chargé. Lecture théâtrale d'extraits d'oeuvres et d'entrevues de Roman Kacew, plus connu sous son nom de plume Romain Gary (brûle ! en russe) et son pseudonyme Émile Ajar (cette fois, signifie braise) qui lui valu un second prix Goncourt (alors qu'une personne ne peut en recevoir qu'un dans sa vie!). Les comédiens débutent avec leur propre dualité et une tonalité à la fois sobre et enveloppante est donnée par le basson de Yana Ouellet. Le spectacle fait la tournée des bibliothèques durant le festival.
Une quarantaine d'activités jalonne ces dix jours, avec 200 artistes et écrivains à l'oeuvre. J'ai mon macaron et je compte bien en abuser !

© Colette Bazinet, 2014
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