dimanche 31 janvier 2016

L'entre-temps

On suggère fortement aux gens qui aspirent au bonheur de vivre le moment présent. Le seul qui existe, paraît-il. Aussi fugitif soit-il. Pourtant, ces derniers jours (oui oui, ceux d'hier et du passé déjà), alors que je croyais vivre le présent, je me suis vue en pause dans un désert. Comme lorsque je pousse le bouton pause pour mettre en suspens ce qui joue sur un appareil. Sans le foisonnement, le cycle plein, la période riche qui peuvent être sous-tendus. Celle qui arrive dans une sorte de cul-de-sac. Car le sahel, lui, a ses richesses. Il ne s'agit pas de ce désert-là.
J'étais arrêtée, immobile dans un temps blanc, un paysage blanc. Peut-être une étendue de neige? Il n'y faisait ni chaud ni froid. Un grand vide. Une panne dans le néant. Je ne ressentais rien, n'anticipais rien. Une plage calme, une lassitude résignée, un mode économie d'énergie. Pas même une attente. Ni moment présent, ni contre-temps. Un entre-temps.


© Colette Bazinet 2016

jeudi 24 décembre 2015

Sophie dans un petit bar du Marais

Quelle belle nouvelle, la chanceuse! Sophie passera les fêtes à Paris! J'aimerais donc être un petit oiseau pour voir ça…

Vous souvenez-vous de Sophie? Oui oui, celle qui portait un secret. Un conte de Noël créé l'an dernier à la demande du journal Sortie, de l'Alliance arc-en-ciel, à Québec. Publié en ces pages le 12 décembre 2014. L'Extravaganza, un collectif de drag queens, en fera une lecture au bar Les Souffleurs, le 26 décembre, dans le Marais. Cela risque d'être une mouture colorée! Sophie ne craint rien.

J'ai beaucoup apprécié que le responsable prenne le temps de communiquer avec moi, dans le respect des droits d'auteur. Tous n’ont pas ce souci et cela est d'autant plus remarqué. Ils feront une soirée d'histoires de Noël. Du monde qui risque de se divertir!

Le secret de Sophie a maintenant une version longue qui se cherche une maison d'édition. Elle se promène, quoi! Le collectif lira la version brève, celle en ligne.

Sur ce, je souhaite à toute une chacune, le féminin incluant le masculin, un joyeux solstice, un gai Noël, de belles fêtes, une heureuse cosmogonie! Bref, amusez-vous bien en ce re-commencement du monde!



© Colette Bazinet 2015

lundi 14 décembre 2015

Le 12 décembre

À Québec, le 12 décembre, j'ai fait du vélo. Pas de l’entraînement d'hiver. Du bicycle ordinaire. Une belle randonnée à la mesure de ma forme pomme poire. La preuve que c'était ordinaire, d'une saison normale de vélo pour non entraîné : nous sommes passées près d'un terrain, d'une maison, où nous avons entendu la tondeuse. Une tondeuse de 12 décembre. Pas pour l'herbe, j'espère, mais plutôt pour déchiqueter les feuilles mortes. Enfin, nous ne l'avions point vu! Tout de même, c'est en octobre, cela, d'habitude! Le lendemain, j'ai entrepris deux brassées de lavage que j'ai étendues sur la corde à linge. Rien de raide, rien de glacé. La température flottait bien au-dessus du zéro. Ce n'est pas le réchauffement, persistent à se raconter certains, mais El Niño, l'enfant terrible. Le plus chaud connu. Mais ça n'a pas rapport.


© Colette Bazinet 2015

vendredi 11 décembre 2015

Ne pas rester dans l'attente

Écrire est un acte long. Pour moi, du moins. Par ailleurs, cette patience nourrit. Écriture, rêverie, lecture, cogitation, écriture, recherche, documentation, rencontres. Relecture, réécriture. Un processus lent et plein de charme dont je ne me lasse pas. La plupart du temps. À certains moments, il m'arrive de devenir incapable d’entrevoir le texte; je le fuis, je fugue, je dérape alors de maintes façons afin d'y échapper. Comme dans tout métier, il a ses heures moins lumineuses, voire sombres. N'empêche, il faut bien prendre congé aussi à l'occasion. Alors voilà, j'ai transmis un texte à quelques maisons d’édition : permission m’est accordée pour un répit. Mais.

Cela prendra des mois avant de recevoir une réponse, pour ceux qui en donnent une (oserai-je « qui daigne en donner une »?). D'autres mois et peut-être même des années avant qu'il soit publié, s’il est accepté quelque part, des éditeurs affichant des calendriers de production remplis pour les trois prochaines années. Peut-être ont-ils de la place et veulent-ils simplement ralentir les ardeurs des écrivantes et écrivants? Mission accomplie, je m’octroie une pause d'écriture. Après une quinzaine, voilà qu'un malaise s'insinue dans mon quotidien. Ce n'est pas que la dépression saisonnière ou le couvert nuageux qui ne nous lâche pas, ou le manque de lumière dû à l'absence de neige et la proximité du solstice. Il s'agit de cette sorte de marasme qui vous envahit lorsque vous perdez pied et confiance, que plus rien ne semble aller alors qu'aucun signal ne va pourtant en ce sens. Une atonie envahissante : la résultante de l'attente. Fin de trêve, il ne reste qu'une inertie malveillante. Avant que la sclérose ne s’établisse entière et complète - je la vois venir, elle m'est familière-, je dois agir.

Je sors un projet en cours et l'affiche à l'écran. Ne plus penser à l'autre, avancer. Seule médecine.



© Colette Bazinet 2015

dimanche 25 octobre 2015

Le poids des mots

  Tout aménagement consécutif à un déménagement a son lot d'impondérables gentiment appelés des surprises. Des voisins aux comportements étonnants : feux de camp directement sur le sol, le matin, à la limite des terrains des deux immeubles, lui les yeux dans le vague, biceps et tatouages exposés; elle, assise en retrait, maganée comme après une nuit trop courte, ou trop longue, et un merveilleux pitbull gambade, sans laisse, sur ce terrain non clôturé. Une insonorisation défaillante — heureusement compensée par des locataires attentifs auxquels nous tentons de répondre par la pareille; ou encore la buée qui s'invite allègrement dans les fenêtres et qui laisse entrevoir un long hiver au panorama givré. 

Jusque-là, ça allait. Je prenais la chose avec un grain de sel jusqu'au moment où un grain de sable s'immisce dans l'engrenage. Le tout se déroule dans mon bureau.
  J'avais installé un store romain en bambou, récupéré du logis antérieur. Je me méfiais. Plusieurs difficultés avaient été rencontrées tantôt dans la cuisine, tantôt dans d'autres pièces, lors de l'installation des toiles. Le pire, toutefois, s'était déroulé au moment de la fixation de tablettes murales. Une des chevilles refusait de se fixer, s'enfonçant béatement dans la cloison, fragilisant l'ensemble. Nous avons persisté en nous disant que nous n'y déposerions que des effets légers — après avoir grossi à trois reprises la taille des dites chevilles.

Le poids des mots
cb
   Dans le bureau, je commence par la fixation du milieu. Pas de problèmes. Puis celle de gauche : le mur me met en échec. Je passe immédiatement au calibre 3, après quelques prières et avoir tassé l'ancrage de 2 cm. J'enligne le côté droit qui m’attend. Un doute m’assaille. Non seulement les chevilles s'enfoncent et disparaissent, mais le plâtre au complet. D'une simple pression du doigt ! Je révise l'ensemble de mon vocabulaire religieux. Il ne suffit pas. Je tâte jusqu'à une illusion de fermeté et plante là le dernier support. Store installé. Je le garde à l'oeil. Après deux jours, il s'incline de plus en plus, menaçant. Avant que tout n'arrache, j'abdique et le décroche. 

  Que ferai-je de ma lampe suspendue ? Je l'ai pesée, puis j'ai magasiné le crochet adapté… mais je craignais la minceur du placoplâtre, cause du problème de solidité (et de sonorisation). L'ancrage suffirait-il ? La longueur de la vis fournie permettait un certain optimisme. Mais il n'était pas question que je risque la perte de cette lampe, souvenir de famille en plus d'être d'un verre dont la recette s'est perdue.

  Je visse et tombe sur du solide. Néanmoins, comment m'assurer de la sûreté du montage ?
Disposer du mou dessous pour amortir une chute éventuelle ? Tester avec une plante (quel dégât si ça flanche !) ? Il s'agit de s'assurer de la résistance du dispositif. Des livres, voilà ce qu'il me faut ! Les Robert 1 et 2 plus un Collins feront l'affaire… et le test. En riant, mon amie me suggère Antidote. Malheureusement, les supports virtuels sont, comme les âmes, immatériels. Il me fallait des mots qui ont du poids. Épreuve en cours.


*** 9 novembre 2015 : le sac des dictionnaires a vaillamment tenu le coup. J'ose suspendre la lampe. ***









© Colette Bazinet 2015
  



samedi 10 octobre 2015

un déménagement qui gruge

Quel été! Chercher un appart, faire des boîtes, choisir un déménageur, procéder, déballer, ranger, retoucher, classer, se décourager, suer. Quand ce n'est pas un choix, la motivation est mitigée, les émotions, du moins les miennes, s'orientant davantage vers la colère et la frustration plutôt que vers l'emballement à me convaincre que «c'est pour du plus!»

L'idée d'un bail se terminant le 31 août me revient. Éviter la cohue tant pour la recherche d'un habitat que pour la réservation d'un déménageur, payer un juste prix plutôt que le double lors des transbahutages du premier juillet. Il y a toujours des logements libres. En pleine pénurie, quand je suis arrivée à Québec à l'été 2001, j'ai emménagé dans les délais qui m'étaient alloués. Quand il a fallu agrandir parce que ma fille venait me rejoindre, j'ai trouvé pour le premier février. Alors, on a opté pour la date du premier septembre — en plein hiver quand même, on évite! Mauvais calcul. La belle saison y passe au grand complet. Mon journal de bord le confirme.

bateau stationnaire 
J'ai parcouru moins de 100 milles nautiques cette saison. Mon pire bilan de voile. Même l'année de mon cancer, qui s'était manifesté en juin pour une chirurgie en juillet, 137 milles avaient été parcourus. Et nous étions revenus parce que je ne pouvais me soumettre à l'imprévisible de la météo -- en sus de tous les imprévisibles que je vivais déjà. Un déménagement qui gruge plus de temps qu'un cancer, faut le faire! Quant à l'écriture, elle en a mangé un coup! Je suis arrivée à terminer deux textes au début de l'été, mais là, faudrait que je les finalise, ces chers!

Et là, trop tard, le nouveau bail court de septembre en septembre. J'aurais dû opter pour mai.




© Colette Bazinet 2015

mardi 15 septembre 2015

Espace de travail

Je fais un test : écrire le portable sur les genoux. Je viens enfin de dégager mon bureau afin de pouvoir y déposer mon ordi. Problème. La pièce a une bonne surface, toutefois insuffisante pour y ajouter un petit meuble. Et ma table de travail est trop haute pour le clavier et, de toute façon, je veux conserver une aire libre pour l'écriture manuscrite. Je ne m'encombrerai quand même pas d'un bureau en coin! Oui, je commence à m'extirper du désordre du déménagement. M'enfin!

Mentionnons que cela a pris douze heures à trois hommes, et jusqu'à cinq les deux dernières heures. Nous n'avons pourtant pas tant de meubles. Quoique. Pour mon bureau par exemple : une table de travail, un classeur à quatre tiroirs, trois bibliothèques sans compter la moitié du garde-robe double rempli de documents. Ce fut un gros déménagement de boîtes. Boîtes et cossins. Minimum 200. Je lis, j'accumule des documents, des éléments de recherche pour des textes en cours ou à venir. Ben, ben, ben de la paperasse. Et quelques souvenirs que je ne sors parfois même pas de leurs boîtes : rangées telles quelles. Je vous vois rire. Faites!

Et dans cette pièce, de plus, je ferai un coin lecture : fini les conflits télé contre livre. Coudons! Ça ne va pas si mal sur les genoux. Ce sera l'option pour le moment : une petite tablette coussinée à déposer là où il le faut, que je sois à mon bureau ou confortablement étalée dans le salon. Hum, intéressant! Je peux enfin me remettre à la tâche. Histouaire de Noël et roman-en-cours, tenez-vous le pour dit, je vous reviens.




© Colette Bazinet, 2015