Le merveilleux avec l'écriture, c'est qu'elle se pratique partout, n'importe quand. Je devais revenir à Québec ce matin, voilà qu'il neige et qu'il poudre. Et bien je m'en fous ! Je sors mon ordi, portable il va sans dire, et m’installe au clavier. Je poursuis l'échange de courriel avec la responsable de la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur… je concocte une activité cette année encore — éternels problèmes informatiques —, me permets un petit tour sur ce blogue et, vite, vers d'autres textes et projets. Magique !
Venue pour aider ma mère à préparer son déménagement, la neige ne retarde pas mon retour, elle me transbahute dans l'imaginaire !
© Colette Bazinet, 2014
lundi 27 janvier 2014
dimanche 19 janvier 2014
Je rentre à la maison
Les yeux dans les yeux
sans artifice
sans tchin tchin !
sans cloisons de verres qui nous séparent
les yeux dans les yeux
on se touche
une poignée de main
des poignées de main
chaleureuses
Des valeurs partagées
un meeting
Je reviens chez moi
© Colette Bazinet, 2014
lundi 23 décembre 2013
Pierre, mon ami Pierre
Le verdict est tombé il y a
quelques jours, le mardi 17 décembre 2013. Tu n’y a pas cru sur le moment, pas
tout à fait, malgré ce que ton corps t’exprimait. Le rendez-vous téléphonique
du lendemain avec l’oncologue, l’ultime espoir, le confirmait. L’année 2014
s’achèvera plus tôt pour toi. Année incomplète en ta compagnie pour les tiens
et nous, tes amis. Selon la médecine, il te resterait de six à neuf mois à
vivre, après huit années de luttes, d’espoirs, de difficiles traitements, de
récidives. Mardi, Louise m’appelait, j’allais justement à Montréal. Vous m’avez
accordé le privilège de partager avec vous ce mercredi sombre. Hasard,
synchronicité?
Tu as vécu beaucoup de colère
contre ce sort. Pour les derniers milles, tu désires réaliser quelques rêves.
Tant que nous vivons, nous en avons; preuve que tu es bien vivant. Tu aspires à
une qualité relationnelle avec tes proches et en particulier avec ta douce
Loulou, comme tu le dis si tendrement. Je te souhaite la sérénité de savourer
chaque bonheur qui passera, chaque présence, chaque moment. Que les heures
difficiles n’empêchent pas de goûter les heures heureuses, car il y en aura,
jusqu’à la fin. Je te souhaite d’apprendre à vivre avec ton terroriste, comme
tu l’appelles, dans une cohabitation pacifique. J’ai entendu cela de quelqu’un
longuement malade – toute sa vie à vrai dire. Plutôt que de lutter contre, il
apprivoisait cet étranger en lui, choisissait la cohabitation pacifique. Cela
lui valut d’être déclaré doyen de longévité par ses médecins. La science a épuisé
ses ressources, il reste la vie. Et, peut-être, est-ce moi qui ne veux pas le
croire, qui espère un de ces dénouements inattendus que l’on appelle un
miracle?
Pierre, mon ami Pierre, voilà
bientôt 35 ans que nous nous connaissons, l’année même où tu as rencontré
Louise, amie de toujours. J’étais enceinte, tu étais tout en précautions et en
attentions avec moi. Vous demeuriez à Québec où j’habite maintenant.
J’ai été émue et remuée par cet
accueil dans votre intimité en ce mercredi soir, je ne l’oublierai pas. Il
s’agit d’un témoignage d’amitié et de confiance qui me touche profondément. Je
retournerai à Montréal dans les prochains mois, je te reverrai, je vous
reverrai.
Alors Pierre, à la prochaine!
© Colette Bazinet. 2013
mardi 10 décembre 2013
Apartheid, j'avais 15 ans
Après une première année passée à Madagascar, mon père planifiait
nos premières vacances. Fallait-il parler de vacances estivales? Le calendrier
scolaire était calqué sur celui des contrées du nord. À Tuléar, l’hiver arrive
en juillet. Un des multiples effets de la colonisation.
Nous resterions en Afrique afin d’explorer des lieux moins
accessibles du Québec, l’Europe étant ainsi éliminée. Devrais-je
ajouter que ce séjour de deux ans de coopération avec quatre enfants était
également le premier voyage de mes parents? Ils réalisaient un rêve, surtout
mon père, que ma mère avait secondé dans cette aventure.
L’adaptation à la vie malgache s’avérait difficile pour ma mère :
les viandes suspendues en plein air à 40 degrés, les règles d’hygiène – ou
plutôt leur absence – l’approvisionnement, les soins, les maladies, les
insectes… Peut-être pour nous donner un répit en reprenant contact avec de la
modernité, l’Afrique du Sud fut choisie comme destination de l’été 1971,
non à Johannesburg, jugée trop violente, mais du côté du Natal. Mes parents
nous informèrent de l’apartheid, ils ne fermaient pas les yeux.
Débarquement à l’aéroport de Durban. Premier choc : toilettes
pour femmes blanches, toilettes pour femmes non-blanches. Je n’avais pas pensé
cela aussi cru. Au guichet voisin de la douane, une famille indienne a droit à
la totale comme fouille. Nous, rien. Un douanier explique qu’ils avaient déjà épinglé
une femme tentant d’entrer illégalement, caché dans son sari, un vélo d’enfant…
Non, mais! Quelle audace!
Taxi, hôtel. Grands boulevards, escaliers roulants, centre d’achats,
feux de circulation (il n’y en avait aucun à Madagascar, pays plus grand que la
France). Mon frère et moi, tout émus, avons vu Love story dans un vrai cinéma. À Tuléar, nous jouissions d’une
salle en plein air avec des bancs de bois sans dossier, avec puces de sable et
mouches au rendez-vous. L’excitation à renouer avec le confort moderne
s’accompagnait d’un inconfort. Nous visitons : townships, sorties du
travail de centaines d’employés Noirs coupés des leurs, les cases zoulous loin
des villes et des commodités. Les photos prises et développées sur place,
disparues, censurées. Je revois cet homme grand, svelte, élégant, stylé, employé du complexe du Drakensburg où nous logeons, accroupi, caché par la table: il note quelques mots en français - merci, bonjour - curieux d'apprendre. Des mots volés, il jette des regards furtifs autour de lui. Parler avec des étrangers peut coûter son emploi à un Noir. Peur et méfiance, toujours. J’apprends. J’apprends l’existence de trois plages à Durban, une
pour les Blancs, une pour les Indiens et la dernière, une falaise au pied de laquelle
nagent les requins, pour les Noirs. Mandala/Madiba est incarcéré; les manifestations
silencieuses, de Blancs également, écrasées.
Ma richesse comparative me créait un malaise à Madagascar. Ici
c’était pire. Je recevais le choc nord-sud en pleine face, l’étalage de l'opulence occidentale reposant sur l’exploitation de tous les autres. Impossible d'y échapper. Pour couronner le
tout, à la boutique de l’hôtel, parmi les produits de luxe, j’aperçus une boîte de sirop d’érable du
Québec. La honte. J’avais quinze ans.
© Colette Bazinet, 2013
dimanche 1 décembre 2013
Violette c Adèle
Mon cas n'est pas unique. J'ai peur de mourir et je suis navrée d'être au monde. Je m'en irai comme je suis arrivée. Intacte, chargée de mes défauts qui m'ont torturée. Violette Leduc (1964), La Bâtarde
La
vie d’Adèle. Je n’ai pas aimé. J’anticipais un film voyeur au scénario
ténu, c’était pire. Des longueurs, un abus de très gros plans insignifiants (le
réalisateur rêvait-il d’une fellation tant il insiste sur la bouche?), des
scènes de bouffe, la gueule ouverte et pleine au risque de se cracher dessus,
la morve au nez — inutile! Et ces plans d’Adèle dormant… pris afin de mettre en
évidence le postérieur de la dame… facile. Le déroulement du temps mal rendu.
Bref. Au moins, pas de suicide ou de fin dramatique – j’ai cru un moment que
l’on n’y échapperait pas. Et, pour ceux et celles qui en doutaient,
démonstration est faite que des femmes jouissent sans homme et sans godemichet
(CQFD?). Une histoire diluée alors que plusieurs éléments auraient gagné à être
davantage exploités, telles les réactions lesbophobes des copines lycéennes, la
double vie en fonction des milieux de travail (montrée mais sans les enjeux). Ce
que j’ai préféré? La bande-annonce de Violette.
Violette.
Se percevoir indésirée l’a-t-elle amenée à se voir si laide? La bâtarde ne laisse pas indifférente
dans sa quête impossible d’amour et de reconnaissance. Cette battante, peu
douée pour le bonheur, finira-t-elle par se trouver une place au soleil? Poussée
à écrire d’abord par Maurice Sachs, Violette Leduc devient par la suite la
protégée de Simone de Beauvoir, persuadée du talent qu’elle découvre. La Leduc
incarne-t-elle l’émotion pure dont la philosophe semble parfois si loin? Un
bien étrange duo. L’engagement de l’une et l’amour de l’autre donneront
naissance à une œuvre, à une écrivaine.
En soi, le scénario aurait pu être une
pure fiction : le récit débute pendant la Seconde Guerre, on y traite de
la question de la relation à la mère et de celle à l’écriture comme exorcisme. Il
a le mérite d’être biographique. Il touche à plusieurs personnalités publiques —
on aurait apprécié en savoir plus —, mais surtout dévoile une œuvre. Les
citations, choisies avec soin, créent l’émotion.
Dans Séraphine, Martin Provost avait rendu attachant son personnage.
Avec Violette, un bémol, est-ce dû à l’individu ou à son rendu? L’écrivaine
maudite en son temps n’était pas connue pour son caractère facile : personne
à la vie rude, elle affina son expression dans l’écriture. On aurait peut-être souhaité
mieux sentir le gouffre émotif de l’autofiction, la douleur du plongeon, la
relation tordue à soi et aux autres.
Toutefois, voilà un réalisateur qui
ne craint pas de consacrer son art à des créatrices peu connues du grand
public, dans des duos mettant en scène leur bienfaiteur et bienfaitrice. Est-ce
la position qu’il adopte ce faisant? Peut-être faudrait-il le psychanalyser…
Quoiqu’imparfait, Violette mérite d’être vu et écouté,
Violette Leduc d’être connue et lue.
Violette
|
Adèle
|
++
·
La résilience de Leduc
·
Le choix des extraits cités
·
Pertinence du propos
·
La difficile prise de parole des femmes
·
Le portrait des deux protagonistes
·
L’amour et la souffrance, moteurs de création
|
+
·
La bande-annonce de Violette avant le film
·
Les personnages ne meurent pas
·
Les comédiennes
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-
·
J’aurais aimé m’attacher davantage ou
détester, mieux sentir la personne, au-delà des larmes.
|
- -
·
La photographie
·
Les longueurs
·
Les scènes inutiles (alimentation, morve…)
·
Le voyeurisme du réalisateur
|
© Colette Bazinet, 2013
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mardi 19 novembre 2013
je déblogue...
Il me semble qu'il faut avoir quelque chose à dire, à commenter, à rire ou à pleurer pour prétendre tenir un blogue. Aucune inspiration aujourd'hui. Dans le fond, j'ai tout dit, tout verbalisé, tout commenté, tout ri et tout pleuré cette semaine. De la décision de la cour d'appel dans l’affaire Turcotte aux démêlées avec les vendeurs de chars — qui n’en a pas ?
Et il fait gris, il vente, fait frette. Je refuse de sortir de la maison. Il fait noir, le soleil se couche trop tôt, ma chum aussi. Je reste seule la nuit à attendre que le sommeil vienne. Il se fait rare. Je déblogue.
Novembre, quand tu nous tiens !
© Colette Bazinet, 2013
Et il fait gris, il vente, fait frette. Je refuse de sortir de la maison. Il fait noir, le soleil se couche trop tôt, ma chum aussi. Je reste seule la nuit à attendre que le sommeil vienne. Il se fait rare. Je déblogue.
Novembre, quand tu nous tiens !
© Colette Bazinet, 2013
lundi 11 novembre 2013
Ah, que la route est longue longue longue, que la route...
Dimanche le 10 novembre 2013. Le Salon du livre de la Côte-du-Sud ferme ses portes à 16 heures 30. Moins d'achalandage que l'an
dernier, mais toujours aussi chaleureux. Chargées de boîtes et de matériel,
nous apportons le tout dans la voiture déjà pleine de nos bagages. Nous avons
logé chez une de mes cousines qui nous avait prêté sa coquette ancestrale. Pour
être dans le ton, nous n'avions ni Internet, ni télévision. Longues soirées à placoter
dans la pénombre. Et sans nouvelles de la météo. La nuit est tombée, il a plu.
Là, quelques flocons se pointent. Embarquement!
Sitôt sur la 20, les flocons
virent en giboulée. La route est occultée par la lumière des phares qui
frappent cet immense réflecteur. La neige fonce sur nous, des sapins alourdis
de blanc longent le chemin, une épandeuse répand son sel dans une bretelle, les
panneaux routiers se dérobent illisibles sous la neige mouillante qui s'y
colle, une gratte progresse tous feux allumés dans la voie de gauche. Crispée
au volant, je ralentis à moins de 80 km/h, même en ligne droite.
Cette même distance, Saint-Jean-Port-Joli — Québec, naviguée en huit heures lors
de mon premier solitaire il y a quelques semaines à peine, est plus éprouvante
par voie de terre (et de slotch!).
Casse-gueule. Je roule avec
mes pneus d'été.
Mon rendez-vous au garage est
pourtant pris depuis une quinzaine. Vouloir prévenir ne suffit pas à conjurer
le temps. Ah! que la route est longue longue longue, que la route est longue
longue longue, dit la chanson. Je passe Berthier. J'arrive.
© ColetteBazinet, 2013
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se procurer le roman Trabouler,
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