Quel mois ! Premier voyage en solitaire sur mon bateau : huit heures, 39 miles nautiques, des pointes à plus de 25 noeuds, des vagues de 1 à 2 mètres, un atterrissage avec le couchant. Un plaisir fou ! Deux réalisations cet été : vivre à bord et ladite navigation en solitaire. S'ajoutent l'inauguration de mon campeur et un convoyage en perspective.
Vivre à bord — mon projet d'embarcation d'écriture — c'est être en quelque sorte sans adresse, puisque sur l'eau. De plus, je suis locataire, un pied-à-terre, quoi ! Alors, comment dire où je vis ? Cette idée de domicile fixe est une convention ; pourquoi s'en inquiéter ?
Voilà mon parti pris du jour ; je vis sur l'eau (saisonnier tout de même) et ai des pied-à-terre (les autres saisons). D'autant plus vrai que je viens d'expérimenter une autre façon de voyager. Je me suis procuré un véhicule assez long pour y dormir. L'escapade m'a menée chez des amies qui s'apprêtent à partir pour les Bahamas pour l'hiver — elles vivent sur leur voilier (pour elles, véritable résidence, cela fait un bon 5 ans). Et bien, me voilà invitée à convoyer l'embarcation jusqu'à New York !
Mes bagages sont prêts. Après la Journée visibilité du 5 octobre où je tiendrai une table pour Trabouler et autres écrits, on appareille !
Séance de signature puis embarquement. Vive le nomadisme!
©Colette Bazinet 2013
jeudi 3 octobre 2013
samedi 31 août 2013
L'opium me manque
L’opium me manque. Je sais, un mirage. Il me manque quand même. L’opium dont je suis sevrée, le XXX, une variété unique dument enregistrée.Au solstice de juin, je l’ai muté en chalet dans un village d’artistes. Touristique certes, cette région combien désirée. J’y cherchais une maison alors que j’en avais une. Alors, je l’ai amenée, cet été, rencontrer les artistes. On s’y était souvent arrêtées. Cette fois, l’escale s’est transformée en port d’attache. Bassin par ailleurs fort mal protégé de la bise, surtout avec le montant; pas dormable. L’estomac encaisse un coup avec la houle qui prend le bateau par le travers, dans un roulis non seulement incessant, mais qui peut se durcir, tirant sec sur les amarres raidies, le quillard balançant allègrement au bout de la pointe tribord pour revenir brusquement sur la bâbord, secouant le tout d’un vibrato surprenant. Des drisses claquent, les mâts se déguisent en lugubres tuyaux d’orgue.Au début de la saison, j’ai essayé. Embarcation d’écriture, j’écrivais. Puis je suis allée à terre. Puis j’ai mangé à terre. Mon foie demandait du repos. Et là, je me relâche. D’autres attraits ont joué. Fête Arc-en-ciel, souper avec des amies, demande de bourse à compléter. Du nordet était annoncé toute la semaine, jusqu’à 30, 35 nœuds. J’ai failli, chute de courage. Peut-être. En même temps, je suis heureuse, j’ai réalisé mon rêve d’y habiter, d’y vivre des gens de terre et des gens de mer. D'y écrire.Que douze jours éloignée et déjà je m’ennuie. De mon voilier, L’Opium XXX, un Mirage 25. Ma drogue maison. Mon embarcation d'écriture.
Comment survivrai-je l’automne venu?
©Colette Bazinet 2013
mercredi 28 août 2013
Le déménagement - nouvelle
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| Lecture au lancement du 13 août 2013 |
Je devrais dire Le déménagement 1. Ce sera une trilogie aux chutes éloquentes, chacune évoquant un monde.
L'événement était des plus chaleureux et suivi d'un micro-ouvert qui nous a permis d'entendre des textes percutants.
Le premier paragraphe de la nouvelle Le déménagement est en ligne sur mon site....
On peut se procurer le numéro 87 en cliquant sur ce lien qui mène au site de la revue. J'en ai également quelques exemplaires. Un plaisir qui se déguste à toute heure.
Brèves littéraires est la revue de création littéraire de la Société littéraire de Laval.
En passant, ma voiture est toujours à vendre. Nouveau prix: 1750$. Nissan Sentra 2002 en bon état!
dimanche 11 août 2013
Auto Nissan Sentra GXE 2002 1750$ | Auto123
Auto Nissan Sentra GXE 2002 usagée en vente à Québec, Québec | Auto123
je vends ma voiture, à qui la chance?
Oui, c'est ordinaire d'utiliser mon blogue pour cela, mais c'est aussi cela la vie ;)
je vends ma voiture, à qui la chance?
Oui, c'est ordinaire d'utiliser mon blogue pour cela, mais c'est aussi cela la vie ;)
mercredi 31 juillet 2013
Le paradoxe urbain
La vie sur le voilier s'avère fort active et grégaire. Arrivées, départs, aides à l'accostage. Plus souvent dehors qu'à l'intérieur, donc à croiser les autres plaisanciers. Et le vent, le vent qui épuise.
Placotages : un voileux, cycliste à ses heures, a été victime d'un étrange accident : une perte de conscience en circulant qui a entraîné une chute avec blessures, une évidence ! Et en soirée, une dame, en vélo elle aussi, plonge de plus de trois mètres dans les roches en bas du quai public. Maladresse en s'arrêtant. Ambulance, difficultés à la monter sur civière de l'enrochement riverain, sa petite fille tout inquiète sanglote.
La nuit s'installe. En pyjama, je sors dans le cockpit finaliser des détails avant de me coucher. Voilà que mon voisin de quai émerge de son bateau — je le croyais parti en ville. Il l'était. Il a reçu un appel d'une amie en pleine tentative de suicide, est arrivé à temps, médicaments, lacérations, ambulance encore... et nettoyage du sang : « Je ne voulais pas laisser cela dans cet état, pour les enfants (adultes) ». Je vêts un polar et des bas de laine afin de m'asseoir et l'écouter un moment.
Intense cette vie. Il me faut du calme et la semaine s’annonce pluvieuse.
Je rentre en ville me reposer un peu d'Éole et du reste, retrouver un peu de solitude, vaquer. Loin de la nature, dans mon appartement tout à fait urbain.
©Colette Bazinet, 2013
Placotages : un voileux, cycliste à ses heures, a été victime d'un étrange accident : une perte de conscience en circulant qui a entraîné une chute avec blessures, une évidence ! Et en soirée, une dame, en vélo elle aussi, plonge de plus de trois mètres dans les roches en bas du quai public. Maladresse en s'arrêtant. Ambulance, difficultés à la monter sur civière de l'enrochement riverain, sa petite fille tout inquiète sanglote.
La nuit s'installe. En pyjama, je sors dans le cockpit finaliser des détails avant de me coucher. Voilà que mon voisin de quai émerge de son bateau — je le croyais parti en ville. Il l'était. Il a reçu un appel d'une amie en pleine tentative de suicide, est arrivé à temps, médicaments, lacérations, ambulance encore... et nettoyage du sang : « Je ne voulais pas laisser cela dans cet état, pour les enfants (adultes) ». Je vêts un polar et des bas de laine afin de m'asseoir et l'écouter un moment.
Intense cette vie. Il me faut du calme et la semaine s’annonce pluvieuse.
Je rentre en ville me reposer un peu d'Éole et du reste, retrouver un peu de solitude, vaquer. Loin de la nature, dans mon appartement tout à fait urbain.
©Colette Bazinet, 2013
mercredi 3 juillet 2013
alter ego en embarcation d'écriture
À la radio, ce matin, André Major racontait son passage à Lisbonne comme une rencontre avec son alter ego. Ce tout autre soi que l'on expérimente lorsque transplanté ailleurs.
Je reviens du Portugal. Le dépaysement : une langue inconnue (malgré mes efforts pour en apprendre les rudiments), des sonorités, des parfums, des lumières, tout déstabilise. Il faut ajouter qu'en arrivant dans la capitale, j'ai fait une entrée papale en embrassant le sol, ou plutôt les marches, d'un escalier qui, lui, est resté de marbre. La tempe saignante contre la deuxième marche, sonnée, les lunettes toutes écartillées, j'ai cru m'être fracturé des cotes et des doigts. Une belle émotion sans conséquences au bout du compte. Mais avez-vous déjà essayé d'appeler à frais viré votre assurance en passant par une cabine téléphonique ou des messages enregistrés vous répondent en portugais ? Ils ont eu raison de moi. Était-ce une sorte de mini choc culturel?
Je rêve depuis longtemps de résidences d'écriture. Ma petite expérience à P'town l'an dernier m'a confirmé à quel point il peut-être productif de partir, dans ce cas pour de la recherche. Cet été, je récidive en allant vers un projet à ma portée : éloigner un peu mon voilier afin de m'en servir comme résidence.
Me voilà donc en embarcation d'écriture à Saint-Jean-Port-Joli.
©Colette Bazinet, 2013
Je reviens du Portugal. Le dépaysement : une langue inconnue (malgré mes efforts pour en apprendre les rudiments), des sonorités, des parfums, des lumières, tout déstabilise. Il faut ajouter qu'en arrivant dans la capitale, j'ai fait une entrée papale en embrassant le sol, ou plutôt les marches, d'un escalier qui, lui, est resté de marbre. La tempe saignante contre la deuxième marche, sonnée, les lunettes toutes écartillées, j'ai cru m'être fracturé des cotes et des doigts. Une belle émotion sans conséquences au bout du compte. Mais avez-vous déjà essayé d'appeler à frais viré votre assurance en passant par une cabine téléphonique ou des messages enregistrés vous répondent en portugais ? Ils ont eu raison de moi. Était-ce une sorte de mini choc culturel?
Je rêve depuis longtemps de résidences d'écriture. Ma petite expérience à P'town l'an dernier m'a confirmé à quel point il peut-être productif de partir, dans ce cas pour de la recherche. Cet été, je récidive en allant vers un projet à ma portée : éloigner un peu mon voilier afin de m'en servir comme résidence.
Me voilà donc en embarcation d'écriture à Saint-Jean-Port-Joli.
©Colette Bazinet, 2013
lundi 17 juin 2013
La mort et autres suites, lettre à une amie
Depuis notre rencontre, j’ai poursuivi intérieurement la conversation sur la mort et ses suites. Réaction à retardement, comme à l’accoutumée.
De la foi (confiance) et de l'espérance, héritages chrétiens il va sans dire, en ce qui a trait à la mort j’appliquerais la seconde. Je n'arrive pas à éprouver la confiance, la certitude qu'il existe un lendemain à cette existence, cependant je garde tout de même un mince espoir. Moi aussi j'espère compléter ultérieurement ce qui demeurera inachevé dans ce passage-ci, mais sans l'idée de réincarnation. Je m’explique cela plus comme un — ou des — changement de forme, comme on passe d'un stade cellulaire à celui de singe nu. Je souhaite qu'il y ait accessoirement une surprise après (ou plusieurs). Mais je ne vois pas d’intérêt à réapparaître sous allure humaine ou terrestre. L'univers est si vaste.
Pour ce qui est du moment du décès, les manifestations au-delà du lieu physique du corps ne me posent pas de problème, pas plus que la télépathie, expérimentée à l'occasion (pas aussi systématiquement que toi, mais quand même). Pour moi, les synchronismes entourant ce moment s’inscrivent comme des événements télépathiques ou des poltergeists, donc non pas comme des phénomènes de l’au-delà, mais de la vie débordant de l'enveloppe corporelle. D'ailleurs, plusieurs considèrent la médiumnité comme une forme de télépathie, avec des vivants.
La question du temps
J'essaie
d'imaginer le temps autrement que linéaire. Difficile, sa conception demeure un
héritage culturel fort. Les hypothèses circulaires ou en couches
superposées me semblent intéressantes, surtout la seconde (les
tunnels de verre). Et là, des portes s'entrouvrent, dont j’ignore le sens. Une
sorte de possible 4e ou 5e dimension. Explorer, pressentir différemment. À la
fin de la vingtaine, j’affirmais davantage. Par exemple, concevoir l'éternité;
l'éternité comme un plongeon, une profondeur de l’instant présent. Je ne nie
pas, je souris. Peut-être bien que oui, peut-être bien que non.
J'ai beaucoup
parlé de mon père depuis notre souper, de ces images récurrentes qui
m'empêchent de dormir. Ce regard que je ne saisis pas. Un préposé le tourne
sur le côté, il sort de son quasi-coma et s'agrippe avec une fermeté qui me
surprend à la ridelle, lui, alité pendant des heures sans le moindre mouvement.
Pour se protéger du danger, celui de heurter son visage blessé? Cette
force soudainement déployée. Les yeux grands ouverts, il me fixe. Je suis
assise face à lui. Que me dit-il? Exprime-t-il quelque chose? Ses yeux bleus ne
sont pas vides mais silencieux. Il me regarde, est-ce seulement et tout cela?
Est-il heureux, désirerait-il une autre présence, celle de ma mère? Cela le
laisse-t-il indifférent là où il est rendu?
Lors de l’agonie de
ma grand-mère paternelle, quelque chose de semblable s’était produit. Sans son
dentier, je ne comprenais pas ce qu'elle tentait désespérément de formuler. Après
sa chute, à lui non plus on n'a pas remis le dentier. La faiblesse s'ajoutant,
on ne l'a plus compris, puis il s'est tu. Ne restaient que ces quelques battements
de paupières. L'angoisse de ne pas saisir ses ultimes paroles, qu'il n'ait pu
les communiquer.
La situation m'en
rappelle une autre. Ma mère me donnant le choix d'une bague, elle offrait la
seconde à sa bru enceinte de leur premier petit-fils. Ma mère, tellement comblée
par la venue de ce second petit-enfant, trente ans après le premier (en fait
une petite-fille). Elle n'en espérait plus. Elle envisageait même de joindre le
coffret de ses alliances — oubliant la réalité des couples d'aujourd'hui. J'ai croisé
le regard de mon père. Muets, nous ne prononcions mot. Je l'ai pris, tout autre
scénario me paraissant intolérable. Cette expression, était-ce la même? Inquiète,
déroutée, impuissante, angoissée devant l'incontrôlable, l'aléatoire. Une
demande insonore. Cette fois-là, j'avais compris, j’imagine. Dans le fond, je
ne fais possiblement que projeter mes propres interprétations.
Je percevais deux
choses, l’autorité avec laquelle il se tenait, et une sorte de résignation. Je vivrai
sans réponse. Je pensais la détenir hier soir, associant ces deux regards, et elle
m’a échappée et n'en suis plus certaine aujourd'hui.
J'ai trouvé
extrêmement angoissant la proximité de la mort (bref, depuis le
diagnostic) — et cette incertitude que nous partagions quant à l'après. Je
revois un haussement d'épaules. Je m'acharnais à lui lire un texte qui —
je supposais — l'aiderait, m'aiderait. Un extrait du credo de l'Église
unie qui commence ainsi : Nous ne sommes pas seuls... et le monde
s'y crée et continue de se créer et nous sommes parties prenantes de ce
processus. Un autre geste ininterprétable : il jugeait cela insignifiant,
il aspirait ne plus en parler, il souhaitait que je change de disque? Ou encore
un « je verrai rendu là, je ne puis plus rien maintenant ».
La veille de sa
mort, j’ai sommeillé à ses côtés. Il respirait calmement, régulièrement. Je
savais qu'il ne mourrait pas pendant la nuit. Un préposé, un Noir bâti comme
une armoire à glace, est passé pendant son sommeil. Assurer le confort du
mourant, inspecter sa couche (réalité des derniers milles), le tourner
délicatement vers moi. Ce footballeur y allait avec tant de douceur et
d’attention. Il baissa même le lit pour qu'il soit à la hauteur du mien. J'ai
été touchée. Au matin, le médecin s’arrête. Je lui demande comment reconnaître
la fin. il m’annonce que mon père résiste, qu'ils ne s'attendaient pas à ce
qu'il survive à la fin de semaine. Pourtant, il respire si paisiblement, il n'a
rien d'un homme en lutte. Dans la matinée, je transmets à papa que maman
aimerait l’accompagner quand il partira. Je ne doute pas qu'il m'entende, mais
j’ai la certitude de ne rien lui apprendre. Ma mère et Denis arrivent.
Nous revenons de dîner. Alors que nous discutons d'histoire et de cinéma, de Spielberg et de La Liste de Schindler, vers 13 h 44,
papa expire sans que l'inspiration reprenne immédiatement. Je fais asseoir
maman au plus près de lui. Cela se produit quelques fois. Je vérifie auprès de
l'infirmière, elle confirme. On ignore combien de temps cela durera. Je vis une
extrême tension, suspendue à chaque expiration dans l'attente de l’inspiration
suivante. Un léger râle, si léger. Le dernier soupir. Mes épaules se libèrent d’un
poids incommensurable. L'anxiété disparaît spontanément, à mon grand
étonnement. À l’horloge, 13 h 47, 49 ou 52, un flou.
Je présumais ce
soulagement lié à l’épilogue de l'attente. Cela est certainement partiellement
vrai. S’agit-il à nouveau d’une simple projection? Toutefois une image m'est
venue hier soir. Quand mon père a lâché prise, il a quitté prestement. Aucune
présence ressentie après son dernier souffle. Il n'était plus là, vraiment plus
là. Ni au plafond, ni ailleurs. La voici : Ça y est, j'y vais! et
il s’est envolé, devenu tout léger, abandonnant l'angoisse, la carcasse et tout
ce qui s’y accroche. J'ai senti quelque chose qui ressemble à un envol, un peu
comme lorsque l’on s’amuse à se balancer à plusieurs pour en larguer un qui
s'élève et va plus loin. Dans le même élan. Je ne sais comment les autres l'ont
éprouvé, je leur demanderai un jour.
J'aurai
accompagné mon père.
©Colette Bazinet,
2013
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