Le 14 décembre, lorsque je pris les nouvelles sur le web, l'image de ces enfants terrorisés sortants de leur petite — si petite —, école me frappa de plein fouet. Seule dans la maison, je m'exclamai : « Pas encore ! » les yeux remplis de larmes. Que cesse l'innommable ! Et je fus aussitôt accablée par cette autre pensée : celle des enfants qui meurent quotidiennement, en Syrie ou ailleurs. Cette école ressemblait trop à celle de nos enfants, le climat, le paysage, les vêtements. Les autres pouvaient être oubliés.
Et après ?
Il y a les tragédies, puis le voyeurisme. Que cesse la mitraille médiatique de ces drames ! Non qu'il ne faille savoir. Mais il y a une telle indécence à faire la Une internationale avec ces événements. Une telle indécence à s'étendre sur ces tragédies. Être témoins, informés, oui. Toutefois, en voyant la nouvelle, tous savaient qu'il y en aurait pour des jours. On a même affecté un policier par famille afin de les protéger de l'invasion... des médias. Et ces médias servent la population, nous ? Tous voyeurs. J'aurais aimé que ces policiers puissent prévenir l'acte.
Lâchement peut-être, j'aurais aussi aimé ne pas l'apprendre ainsi. Pas si brutalement, ou plus tard. Y être préparée, l'avoir entendu par quelqu'un ou sur les ondes avant de voir ces regards d'enfants. Et ceux qui l'ont vécu eux ? Ils n'ont pas eu le temps de rien apprendre, plongés dans la tragédie. Mais cela, c'est une autre histoire.
Puis il faut comprendre les causes, ou la cause. Les armes appartenaient à la mère, assassinée elle aussi.
Une Américaine comme les autres.
Bien sûr, c'est la faute à la mère, encore. Une vieille, très vieille histoire. Elle aimait ses armes et ses enfants, sans doute. Ou le contraire. Elle avait enseigné les armes à son fils, un enfant timide, introverti, semble-t-il. Dans un pays ou la possession d'armes à feu est un droit constitutionnel, elle remplissait son devoir maternel, enseigner à son fils le devenir citoyen. Une mère comme les autres. La psychologie suggère si souvent de trouver des activités valorisantes, d'aider les mâles de l'espèce à prendre assurance selon des modèles de genre. Dans ce cas, ce fut au-delà de toute espérance. Et comme il est parfois difficile pour un fils de couper le cordon, le meurtre de la mère demeure une issue. La symbolique ne lui suffisait pas. La mère assassinée, assassine à ses yeux de son « je » incertain. Le meurtre des enfants dont elle s'occupait va dans ce sens, il lui fallait effacer toutes traces de survivance de sa mère. Des enfants qu'elle aimait trop, peut-être. Une mère qui a aimé de tout son coeur-courage. Celui des femmes.
Avez-vous noté le courage de toutes ces femmes, directrice, psychologue, enseignantes qui ont tenté d'arrêter, de tromper le tireur? Elles ont sacrifié leur vie pour sauver des enfants, des enfants qui n'étaient pas les leurs. Dans ce pays l'on reconnaît le bruit des balles. Je me rappelle d'une autre tuerie — au déroulement différent, il est vrai —, où bien des hommes sont restés traumatisés de leur inaction, la peur ayant été plus forte. Je n'aurais peut-être pas mieux fait qu'eux.
Je salue le courage de ces femmes.
Je déraille. Ne suis pas experte et ne prétends pas expliquer. Je cherche comme tant d'autres une piste de compréhension, s'il peut en exister une. On invoquera la folie, cela est certain, mais toute folie s'inscrit dans une société, ses valeurs. Toute folie meurtrière est expression — explosion — des tensions sociales internes d'une culture.
Maya
Un cycle du calendrier maya s'est achevé hier. C'est peut-être pour cela que j'aborde ces questions maintenant, en dehors de leur immédiate actualité. Selon les Mayas, un cycle serait terminé, un nouveau, un meilleur commencerait. La petite ville s'appelait Newtown. Puissent les allégations mayas se confirmer.
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samedi 22 décembre 2012
lundi 3 septembre 2012
Texte tendre à propos de la mort
29 août 2012 : rentrée scolaire en maternelle 4 ans. Cédrik a eu un bien gros été.
Fin mai, la tante Lise décède. Elle fut exposée, du moins ce qui restait de son être tangible. Premier contact de l'enfant avec un corps, un corps connu. Il n’avait encore que trois ans. Il ne l’avait pourtant pas vu souvent, trois jours de l’An tout au plus. Mémorables : « C’est là qu’en ouvrant la porte il y avait plein de monde? » Et Lise parmi tous ces gens, l’hôtesse, il savait de qui il s’agissait. Arrivé au cercueil, il stoppa net, stupéfait. Au cours de la soirée, il revint souvent. Quand le cousin Antoine, six ans, arriva, il le prit par la main pour lui faire voir. À la fin de la soirée, dans mes bras, je discutais avec mon oncle, le veuf, et mes cousines. Je faisais dos au cercueil, lui regardait par-dessus mon épaule. : « Je comprends : c’est une statue! » Comment expliquer la mort aux enfants? « Oui, c’est comme cela avant de devenir une étoile, tu la préfères comme cela n’est-ce pas? » en me dirigeant vers les chevalets où des montages de photos montrait Lise souriante, vivante. Il acquiesça.
Fin juillet, à la suite d'une leucémie fulgurante, mon père - arrière-grand-père de Cédrik - décède à son tour. Figure bien plus présente cette fois. Le petit avait eu ses quatre ans entre temps. Mon père ne voulait pas être exposé. Sa mère lui avait expliqué que cette fois, c’était allé trop vite, qu’il était déjà une étoile. J’ai rassuré mon petit-fils, lui disant qu’il n’y aurait qu’une photo, pas besoin d’expliquer l’urne quand même. Quoique son fameux cousin s'en chargea, expliquant que leur grand-papa était rapetissé dans celle-ci. Cédrik n'adhéra pas du tout à cette thèse.
Je le pris dans mes bras afin de m’approcher de l'urne, il était craintif. En voyant les fleurs, il s’exclama : « J’aime les rouges! »
À son retour, il décréta que son grand-père était la lune. L'urne métamorphosée en lune, le génie des enfants. Surtout, il lui fallait une représentation aisément repérable.
Le 29 août au soir, après sa première journée d’école, à l’heure du bain, il parlait à sa mère.
- Grand-papa Bazinet est venu me faire coucou!
- Ah oui, comment cela?
- La lune est venue proche deux fois. C’était grand-papa avec sa montre qui brille!
C'est qu'elle était grosse la lune ce soir-là, à son lever. Quasi pleine, particulière ce mois-ci, bleue disait-on. Immense et dodue en émergeant entre deux nuages.
Mon père faisait de la grande séduction avec sa montre, il faisait écouter les tictac aux enfants.
Cédrik profita des soirées suivantes pour présenter son arrière-grand-père à qui passait chez lui.
Mon père faisait de la grande séduction avec sa montre, il faisait écouter les tictac aux enfants.
Cédrik profita des soirées suivantes pour présenter son arrière-grand-père à qui passait chez lui.
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