À partir de l'instant où j'ai compris la pleine signification de l'entre-temps, j'ai réalisé qu'il s'agissait d'un néant présent. Rien de plus, rien de moins. Que lui manquait-il pour devenir un moment présent? En tout cas, ce n'était pas la présence. Présence au vide et du vide, présence à une soumission au sort, une résignation, cette étape du deuil qui n'a rien à voir avec l'acceptation, selon Elisabeth Kübler-Ross.
Je frappais un mur. Un mur tranquille mais un mur tout de même. Celui qui m'empêche de voir au-delà du bout de mon nez, de rêver, de me projeter. Je me croyais sage, alors que j'étais passive. S'assoir et regarder l'herbe pousser a ses vertus. Cependant, si je m'aperçois que l'herbe sèche et que je ne l’arrose pas, où se trouve la sagesse, à quoi tient-elle?
J'ai donc tenté de déplacer mon regard, d'y mettre davantage d'attention. Que se passait-il exactement, que pouvais-je changer? Une petite phrase m'est revenue : s'occuper du lendemain sans s'en préoccuper.
J'ai réalisé mon immobilisme, ma paralysie. Non seulement je ne planifiais plus rien, mais je n'attendais plus rien, sauf des réponses, me disais-je, qui viendraient en temps et lieu. Je ne vivais plus, j'existais.
Une autre vérité a par la suite émergé à fleur d'eau de ma conscience : celle que je répétais lorsque je croisais quelqu'un qui savait vivre ses derniers moments, qu’il s’agisse d’années, de mois ou de minutes. Parce que nous savons tous que nous allons mourir, même si nous vivons la plupart du temps dans le déni de cette réalité. La sentence : tant qu'on n'est pas mort, on est vivant!
Je suis passée tranquillement à l'action, m'occupant à poser les gestes requis pour la préparation de l'été prochain, sans m'en préoccuper, advienne que pourra! L'été arrivera et rendue là, je m'adapterai. Parce qu'il n'y a pas de moment présent sans lendemains.
© Tous droits réservés, Colette Bazinet, 2016
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jeudi 11 février 2016
Au-delà du néant présent
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vendredi 13 mars 2015
Le temps suspendu
L’air vivifie. Nous marchons
d’un bon pas, exercice modéré. Pour une deuxième année consécutive, nous nous
sommes inscrites au Défi santé. Objectif personnel : un peu plus
d’équilibre dans ma vie, plus de place pour mon corps, qui en prend déjà pas
mal, mais pas de la façon désirée. Il lui faut s’extirper de cette chaise prétendue lieu créatif et productif.
Jeudi après-midi, des gens circulent,
se pressent, font des courses. Les voitures s’attardent à peine à l’arrêt supposément
obligatoire. Le soleil printanier nous assaille joyeusement. En passant devant
l’église de pierres, mon amie monte les marches et vérifie la porte. Inutile,
me dis-je. De nos jours, la crainte du vol domine et ces lieux demeurent
rarement accessibles hors des horaires de culte. Surprise! Le portail
s’entrouvre. Nous pénétrons dans l’antre.
Pénombre. Les vitraux
filtrent la lumière. Aucune âme ne semble flâner ni dans la nef, ni dans le
chœur. Nous nous croyons seules lorsque l’orgue se met à résonner. Une soprano
l’accompagne. Je m’assieds dans la rangée du fonds, sur le banc ciré, usé, contournant
soigneusement l’agenouilloir descendu. N’émettre aucun bruit. Ralentir.
J’oublie ma compagne rendue plus loin. Le rythme de ma respiration se modère.
Les sons extérieurs sont anéantis. Il n’y a plus d’écoulement temporel, l’horloge
pourrait pointer n’importe quel moment du jour ou de la nuit. La voûte m’impressionne.
Si haute. Afin de permettre aux âmes de s’élever, de s’approcher des dieux. Un
espace de calme s’installe en moi. L’organiste recommence, le chant s’enchaîne.
De courts dialogues, elles reprennent la mélodie. Un leitmotiv incessant,
imprégnant, flippant. Sont-elles deux, ou davantage? Je ne distingue pas bien.
Qui chante, qui joue? Des femmes, du moins. Je me perds dans mes pensées. Un
vieil homme entre et s’agenouille à l’arrière, loin de moi. Puis un second se
présente. Il se dirige à l’opposé, vers l’avant. Deux vieillards qui se
recueillent. Viennent-ils bavarder avec leur conjointe défunte… ou leurs amours interdits? Ces attitudes
humbles, courbées, de piété, me fascinent. J’y aspire pourtant, incapable de
taire les chuchotements intérieurs. Une flamme oscille dans la lampe de
sanctuaire. Elle indique la présence de leur dieu dans le tabernacle. Ces mots toujours
présents, venus d’ailleurs et d’une époque si lointaine.
![]() |
| orgue au monastère |
Je rêvasse. Une femme avance,
la tête inclinée, pudique, évitant de croiser mon regard. Les voix du jubé
discutent, elles n’auront pas le temps de tout voir, une dernière fois pour
aujourd’hui. Musique et fin. Je n’observe pas, j’erre. Ces monuments trop
vastes. Les yeux fermés, je choisis de me laisser imprégner de l’atmosphère
intemporelle. Est-ce cela l’éternité?
Ma compagne s’approche
et sourit. Ah oui, il faut sortir, poursuivre notre ballade. J’adore
m’arrêter dans les temples de toute confession - ne souscrivant à aucune.
Un apaisement.
La halte a duré tout au plus
cinq minutes. Comment cela se compte-t-il en temps suspendu?
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